----Stanley Kubrick------

Ses Citations...

Je ne pense pas que les écrivains, les peintres ou les cinéastes oeuvrent parce qu'il y a quelque chose qu'ils désirent particulièrement dire ; il y a quelque chose qu'ils ressentent. Et ils aiment la forme artistique : ils aiment les mots ; ou bien ils aiment l'odeur de la peinture ; ou encore ils aiment le celluloïd, les images photographiques et le travail avec les acteurs. Je ne pense pas qu'aucun artiste véritable n'ait jamais été orienté par quelque point de vue didactique, même quand il pensait que c'était le cas.

 

Stanley Kubrick, 1960.

( Interview publiée le 4 décembre 1960 par l'observer de Londres. )

 

 

" Si vous avez la chance de faire un film, votre style personnel résultera en fait de la façon dont votre esprit fonctionne ; celui-ci s'imposant sur les facteurs qu'on peut en partie diriger et qui existeront au moment où vous démarrerez : à la fois le temps dont vous disposerez, l'impression que donneront les décors et la qualité qu'auront les acteurs tel ou tel jour. "

 

" L'homme s'est détaché de la religion, il dû saluer la mort des dieux et les impératifs du loyalisme envers les états-nations se dissolvent alors que toutes les valeurs anciennes tant sociales qu'éthiques sont en train de disparaître. L'homme du vingtième siècle a été lancé dans une barque sans gouvernail sur une mer inconnue. S'il veut rester sain d'esprit la traversée durant, il lui faut faire quelque chose dont il se préoccupe et quelque chose qui soit plus important que lui-même. "

 

Stanley Kubrick

( entretient avec Play-Boy, repris dans The Making of Kubrick's 2001. )

 

" C'est le contenu et les idées qui viennent en premier. Après, on peut se soucier de la manière de les filmer. Ces idées de mise en scène ne sont presque jamais dans un scénario. Peu importe si vous avez longtemps pensé à une scène, si vous l'avez minutieusement préparée quand vous arrivez au moment de la tourner et que vous avez les acteurs dans leur costume, et que vous regardez le décor, et que vous vous souvenez des choses que vous avez déjà faites, cela est toujours différent de tous les projets que vous avez pu avoir, de tout ce que vous pensiez faire. D'ordinaire on doit retravailler l'action entièrement et très souvent il faut aussi changer le dialogue. "

 

Stanley Kubrick

Sa Vie, son Oeuvre...

Stanley Kubrick est né le 26 juillet 1928, dans le Bronx, au sein d'une famille de la classe moyenne. Il reçut son premier appareil photographique à l'âge de treize ans; c'était un cadeau de son père, un médecin, qui l'initia à la photographie. Il fut " photographe de classe " à la Taf t High School mais une note "f " en anglais et une moyenne de 68 lui firent perdre sa place à l'Université au bénéfice de quelque soldat revenant de la guerre. "Par pitié", dit-il, le magazine Look, après avoir acheté un de ses instantanés, l'engagea comme photographe, un photographe de seize ans.

 

Kubrick demeura dans l'équipe de Look, jusqu'à l'âge de vingt et un ans. Lui-même se décrit comme ayant été à l'époque " un garçon maigre et mal dégrossi qui transportait son appareil dans un sac en papier afin qu'on ne le prenne pas pour un touriste ". Ce travail fut pour lui une bonne occasion de s'initier au côté photographique du cinéma - la composition d'une image, les éclairages, l'usage des extérieurs, l'an de saisir le mouvement - et de s'y entraîner mais tout ce que Kubrick connaissait de l'art de faire des films c'était justement la photographie et le livre de Poudovkine, Film Technique... Il s'accorde encore avec Poudovkine pour dire que le montage est la base de l'art cinématographique : " La possibilité de montrer, en un bref instant, une action toute simple un homme fauchant le blé - sous nombre d'angles différents, la possibilité de voir cette action d'une façon spéciale, impossible autrement que par le film, voilà tout ce dont il s'agit.

 

Kubrick s'était toujours intéressé au cinéma et quand il atteignit l'âge de dix-neuf ans, il en devint obsédé : il passait cinq soirs par semaine au Museum of Modem Art afin de voir les anciens films célèbres tout en consacrant ses week-ends à voir les films nouveaux. Il se rappelle qu'un quotidien new yorkais, depuis longtemps disparu, le PM, donnait en gros caractères la liste de tous les films passant dans la ville. En fin de semaine, il arrivait même que Kubrick prenne le bac pour Staten Island pour "rattraper" quelque bande qu'il avait manquée.

Kubrick se persuade de nos jours que ces voyages et surtout les longues séances cinématographiques au Museum of Modem Art furent la meilleure formation qu'il pouvait recevoir. Ce qui avait le plus de valeur, c'était prêter la plus vive attention aux ( très rares ) - bons films mais même les navets servirent à quelque chose : ils encouragèrent Kubrick. " Je m'obstinai à voir des films misérables, me disant en moi-même je ne sais rien de la réalisation cinématographique mais je ne pourrais pas faire quelque chose qui soit pire que cela. "

 

Le fluide travail de la caméra chez Max Ophuls fut l'une des réussites qui enthousiasmèrent le plus Kubrick. Dans des films comme Le Plaisir et Madame De, la caméra traverse chaque mur et chaque plancher. Une caméra aussi fluide, ou peut-être aussi incapable de rester inerte, apparaît dans les dernières œuvres de Kubrick, surtout dans 2001, A Space Odyssey.

Ce qui fit démarrer le premier film de Kubrick fut une conversation qu'il tint avec un vieux camarade d'école, Alex Silger, qui était employé de bureau à la March of Time. Silger révéla à Kubrick que cette compagnie avait consacré 40000 dollars à la réalisation d'un documentaire d'une bobine : Kubrick calcula qu'il aurait pu faire la même chose pour 1500 dollars. Voilà pourquoi, en 1950, âgé de vingt et un ans et employant 3800 dollars qu'il avait économisés sur son salaire, il réalisa Day of the Figth, film basé sur une de ses séries photographiques pour Look, Prize Fighter. Il usa d'une simple caméra 35 mm, une Eyemo qu'on ne pouvait charger que de pellicule pour la lumière du jour, après avoir passé une matinée chez son fournisseur afin d'apprendre comment la charger et la manier. Un employé de cette société, Burt Zucker, lui enseigna de plus comment couper et coller la pellicule et comment user de la moviola et du synchroniseur qu'il avait loués. Kubrick jugea que les aspects techniques de la réalisation cinématographique n'étaient pas difficiles.

 

Day of the Fight, documentaire sur le boxeur Walter Cartier ne se fait remarquer que par le brillant de sa photographie et par Sa construction sans détours. le budget optimiste de Kubrick et son talent avéré de photographe lui avait donné l'assurance qu'il fallait pour réaliser ce projet et contribuèrent aussi à faire vendre le film. " Même si mes deux premiers films étaient mauvais, ils étaient bien photographiés et ils avaient quelque chose de brillant qui impressionnait les gens. "

 

Day of the Fight coûta 3900 dollars à Kubrick qui le vendit pour 4000 dollars à RKO-Pathé ; c'était, lui dit-on, plus que ces gens n'avaient jamais payé pour un court-métrage. La March 0f Time devait cesser son activité mais lui, Kubrick, allait de l'avant avec un nouveau court-métrage pour RKO-Pathé : ce fut The Flying Padre qu'il définit précisément comme " une chose idiote à propos d'un prêtre du Sud ouest qui, dans un petit avion, vole vers sa paroisse isolée ". The Flying Padre rentra tout juste dans ses fonds à cause du coût élevé des extérieurs.

 

Dans ces deux films, Kubrick fit tout lui-même : il fut scénariste, réalisateur, cameraman, ingénieur du son et monteur. Ayant acquis cette initiation générale à l'art de faire des films et deux succès mineurs, il démissionna en bonne et due forme de Look afin de se vouer à plein temps à la réalisation cinématographique. Il persuada un poète de ses amis, Howard Sackler, d'écrire un scénario de fiction, Fear and Desire, et commença à collecter des fonds.

Kubrick a lu Eisenstein au début de sa carrière mais il pense qu'il ne l'a pas vraiment compris et qu'il ne le comprend toujours pas. Ce qu'il aime dans les films d'Eisenstein, c'est leur montage et la composition visuelle des plans. Mais, quant à leur contenu, " ses films sont stupides et leurs acteurs, qui semblent de bois, jouent comme à l'Opéra. " Kubrick pense que le jeu découle, chez Eisenstein, de son désir de bien garder chaque personnage dans le cadre fixe de chacune de ses compositions minutieuses, de sorte que les personnages semblent nager voire voguer à la dérive dans chaque plan. Kubrick aime opposer Chaplin à Eisenstein : il considère qu'Eisenstein est tout forme sans contenu et que Chaplin est tout contenu sans forme.

 

Sur l'art de diriger les acteurs, Kubrick a lu toutes les œuvres de Stanislavsky et aussi le livre de Nicolas Gortchakov, Stanislavsky Directs, lequel contient une utile iconographie. Il a le sentiment que le jeu des acteurs ne fut pas spécialement bon dans ses premiers films, Fear and Desire et Killer's Kiss mais qu'il a beaucoup appris en les réalisant.

Après avoir achevé Spartacus, il expliqua dans une interview accordée à L'Observer de Londres que, pour lui, les meilleurs scénarios ne sont pas les scénarios à effet ; " J'aime un départ en lenteur, ce départ qui pénètre le spectateur dans sa chair et qui l'engage tellement qu'il peut apprécier les notations délicates et les passages empreints de retenues au lieu qu'il faille lui taper sur la tête par des paroxysmes dramatiques et un suspense raccrocheur. "

En ce qui concerne les personnages, Kubrick n'est pas intéressé par la psychanalyse freudienne et il ne croit pas à l'idée romantique du héros. Par exemple, on ne nous donne jamais vraiment une véritable histoire du cas Humbert Humbert ou du cas du Général Jack R. Ripper.

Kubrick s'explique ainsi : " J'estime que ceci est essentiel : si un homme est bon, de savoir par où il est mauvais et de le montrer ; si un homme est fort, de décider à quel moment il est faible et de le montrer. Et je crois qu'il ne faut jamais tenter d'expliquer pourquoi il en arrive là ou pourquoi il fait ce qu'il fait ". De telles conceptions émergent souvent, surtout dans les premiers films - les moins stylisés - de Kubrick.

 

Quant à la direction des acteurs, Kubrick déclare que sa tâche consiste toujours à savoir exactement l'état émotif qu'il désire affirmer, et ensuite à user de son goût et de son jugement pour obtenir cette interprétation. Le véritable axe de son travail, c'est de s'obstiner à se demander, une centaine de fois par jour : "Cela est-il vraisemblable ? Cela veut-il dire quelque chose ? Cela est-il intéressant ?" .

Enfin, Kubrick, en général, a monté ses films lui-même, attentif à chaque cadrage, à chaque segment de la pellicule, faisant tout, entièrement selon sa propre volonté.

 

" Je crois que le devoir du réalisateur, c'est une fidélité totale à ce que l'auteur a voulu dire, c'est de ne rien sacrifier de cette signification pour obtenir un effet ou un paroxysme dramatique ".

Enfin Kubrick souligne ce qu'il y a de dynamique et d'évolutif dans la création d'un film : " Toute forme d'art, correctement pratiquée, implique un va-et-vient entre la conception et l'exécution, l'intention originale se modifiant sans cesse alors qu'on s'efforce de la réaliser objectivement... quand on fait un film, le même processus se poursuit d'humains à humains ".

Sa Filmographie...

 

1951

Day of the Fight - court-métrage

The Flying Padre - court-métrage

 

1953

The Seafarers - court-métrage

Fear And Desire

 

1955

Killer's Kiss

 

1956

The Killing

 

1957

Paths Of Glory

 

1960

Spartacus

 

1962

Lolita

 

1964

Dr. Strangelove Or : How I Learned To Stop Worrying And Love The Bomb

 

1968

2001: A Space Odyssey

 

1971

A Clockwork Orange

 

1975

Barry Lyndon

 

1980

The Shining

 

1987

Full Metal Jacket

 

1999

Eyes Wide Shut